La Faculté a la profonde tristesse de vous annoncer le décès de Michel Trahan, professeur émérite du Département d'administration et fondements de l'éducation, survenu le jeudi 7 octobre dernier. 
M. Trahan a fait ses débuts comme professeur à la Faculté en 1974. De 1985 à 1991, il va occuper la fonction de doyen avant d'être nommé vice-recteur aux ressources humaines puis vice-recteur exécutif. Dans ces rôles clés d'administrateur que lui a confiés l'Université, il a tour à tour piloté la restructuration de notre Faculté, mené à bien des programmes institutionnels de réduction des effectifs et créé un fonds de relance ouvrant la voie à une reprise du développement de l'Université. À la fin des années 1990, il a également présidé à une réduction du déficit accumulé et au retour à un budget annuel équilibré. M. Trahan s’est occupé de dossiers aussi divers que la relance, les finances et l’administration ainsi que les ressources humaines.
Les personnes désireuses de témoigner leurs sympathies à la famille sont invitées à signer un livre de condoléances en se présentant au Secrétariat général (Pavillon Roger-Gaudry – Porte E-408 – 4e étage) durant les heures de bureau. Ce livre sera par la suite remis à la famille en guise de témoignages de la communauté universitaire.
Un service commémoratif aura lieu le dimanche 24 octobre 2010, à 13 h, au Complexe funéraire du cimetière Mont Royal.
Un hommage au professeur défunt, signé Claude Lessard
Michel Trahan a d’abord étudié à l’Institut de psychologie de l’U de Mtl, dans le domaine de l’orientation qu’il a pratiquée à titre de conseiller quelques années avant d’entreprendre, en 1967, ses études doctorales en mesure et évaluation à l’Institut d’Études Pédagogiques de l’Ontario où il obtint son doctorat sous la direction du professeur R. McLean. Avec Claude Touchette, Michel fut parmi les premiers québécois à étudier à l’IEPO, tout comme ses collègues de la Faculté des sciences de l’éducation, Jean-Baptiste Haché, Jacques Lamontagne, moi-même et plus tard, Michel Laurier.
Il a fait toute sa carrière de professeur/chercheur à la Faculté. C’est même à cette Faculté qu’il a rencontré son épouse. Celles et ceux d’entre nous qui l’ont connu à cette époque savions que ce jeune collègue était exceptionnel tant sur le plan professionnel que personnel, qu’il irait loin et qu’il saurait, s’il voulait bien de nous comme compagnes et compagnons de route, nous y mener avec intelligence et assurance. Dès cette époque, il avait du charisme et du leadership, ainsi qu’une résolution apparemment à toute épreuve.
Dans les années soixante-dix, sous le décanat Plourde notamment, il fut le leader, le penseur et l’âme dirigeante de la section de mesure et évaluation. Avec ses collègues qu’il savait mobiliser avec habileté, il y a conçu et développé les programmes de M.Ed, de M.A. et de PH.D. Il y a formé les premiers docteurs. Si la faculté a une forte tradition de qualité en mesure et évaluation, qui rayonne au-delà de la faculté, c’est sans doute grâce à son travail de bâtisseur. Avec son ami Bernard Tétreau de l’Institut de psychologie, Michel est aussi connu pour le test Tétreau-Trahan, un test non-verbal d’intérêt vocationnel.
En 1985, il devint doyen de la FSE. Sous son mandat de 6 ans, la faculté a connu un des moments déterminants de sa vie, soit la départementalisation. Cette opération, on le devine, a donné lieu à un grand remue-méninges, de bonnes discussions passionnées et des échanges parfois musclés au sein de l’assemblée de faculté. Michel a néanmoins maintenu, tout au long du processus, le cap sur la vision qu’il avait de la faculté, avec fermeté mais aussi avec un grand respect pour les personnes et leurs diverses positions. C’était une de ses grandes forces : une réelle fermeté et une grande rigueur dans la volonté combinées à un respect authentique des personnes et à une souplesse dans l’action et ses détails qui donnaient à tous le sentiment qu’ils avaient été entendus. Ces qualités ont fait de la départementalisation un succès et qu’elle tienne toujours 20 ans après. La faculté n’est plus la même depuis et l’on peut dire qu’il y a, dans notre courte histoire, l’avant et l’après départementalisation.
Mais plus fondamentalement, le décanat Trahan a marqué un tournant important pour la faculté: en effet, le doyen Trahan a réussi par son charisme et son leadership a asseoir la crédibilité universitaire des sciences de l’éducation au sein de l’université, parmi sa direction et les cadres académiques des facultés et départements disciplinaires. Son charisme a joué en notre faveur à l’université de Montréal, au sein de l’Association des doyens et directeurs de départements de sciences de l’éducation du Québec (ADEREQ), du Canadian Association of Deans of Education (CADE), parmi nos collègues de la francophonie et même en Afrique et à Haïti. Je puis en témoigner : je lui ai succédé comme doyen et j’ai rapidement réalisé combien dans mes échanges avec le reste de l’université, le capital de crédibilité du doyen Trahan rejaillissait sur l’ensemble de la faculté et me rendait la tâche plus facile : je n’avais pas à d’abord affronter les traditionnels préjugés sur les sciences de l’éducation, j’étais considéré comme le représentant d’un secteur certes jeune, mais néanmoins ayant une place à prendre dans l’institution et tout à fait respectable, en autant qu’il accepte de se mesurer à l’aune de la véritable tradition universitaire. J’ai pu en quelque sorte compter sur l’effet Trahan.
Michel Trahan a accompli le même travail au sein de la francophonie, y assurant une forte présence des sciences de l’Éducation du Québec. C’est ainsi qu’il fut l’un des fondateurs, avec Michel Bernard pour la France, du réseau d’éducation francophone (REF), réseau qui dure toujours et qui est encore plein de dynamisme et de créativité. C’est lui qui est responsable de ce que le premier (et le seul !) président du REF fut un québécois, soit son ancien collègue et ami de longue date Michel Plourde.
Michel a aussi été un doyen voyageur. Notamment en Afrique et en Haïti. Dans ce continent et ces pays, il a développé des liens qui sont encore bien vivants et forts, notamment avec l’ENS de Dakar, où Guy Bourgeault, à sa demande, assuma la responsabilité d’un programme de doctorat pour les professeurs de l’ENS. Il fit de même avec l’ENS de Port-au-Prince, où parmi d’autres, Louise Allaire, Marcienne Lévesque et Michel Thérien intervinrent dans le cadre d’une M.Ed.. Nul doute que lui tenaient toujours à cœur la survie et le développement de l’éducation en Haïti après le séisme de janvier dernier : certains courriels destinés à Charles Tardieu en témoignent. Le doyen Trahan a aussi assuré toutes les étapes du projet FSE-SOFATI à L’ENSET de Yahoundé, au Cameroun, dont quelques retombées sont encore palpables, comme le musée pédagogique de la faculté et la bourse GAUTHIER-SOFATI en didactique des sciences. On peut y voir une sorte de PPP avant le mot, un partenariat entre une entreprise privée et la faculté pour le développement de l’enseignement technique au Cameroun, la FSE prenant en charge la formation des professeurs d’école normale. Michel Plourde, Viateur Lemire, Réjean Dutil et d’autres collègues y ont beaucoup travaillé. Il y a dans ces institutions et ces pays des amis et des collègues qui sont aujourd’hui tout aussi tristes que nous du départ prématuré et choquant de Michel.
Après son décanat des plus actifs et quelques années plus tard, Michel devint vice-recteur aux ressources humaines dans l’équipe du recteur Simard, qui grâce a Michel, a toujours manifesté une attitude positive à l’égard de la faculté, puis au sein du rectorat Lacroix, il assuma pour la première fois à l’université de Montréal les fonctions de vice-recteur exécutif. Ce n’est pas trahir un grand secret que de dire que durant toutes ces années, Robert Lacroix et lui formèrent un tandem solidement attaché, dans les bons moments comme dans les moments plus difficiles.
Sportif accompli, Michel était un grand tennisman, dont il disait avoir beaucoup appris sur les hommes et sur l’art de jouer dans des situations corsées. Il y était un compétiteur redoutable et jouait les points difficiles à la Sampras ou à la Federer. Dans le sport comme dans la vie, il aimait contrôler le jeu et y démontrait une grande classe.
Même vice-recteur, Michel a conservé des liens avec la faculté, quoique sa fonction l’obligeait à une certaine distance et discrétion. Mais Michel Laurier peut témoigner des conseils judicieux que Michel a pu lui donner tout au long de son mandat. Aussi, avec Adèle Chené, il a complété la relation des années du décanat Plourde qu’il a présenté au printemps dernier, dans le cadre d’une réception organisé par Le CRIFPE au congrès annuel de l’ACFAS. Il faudra lui rendre la politesse.
Urbain, racé, d’une grande intelligence et lucidité, avec un doigté prodigieux, capable de susciter une grande loyauté de ses collaborateurs qu’il savait valoriser et dont il utilisait avec à propos les talents et les énergies, travailleur infatigable, Michel aura été dans nos vies une personne qui aura compté. Pour moi, il est et sera le meilleur d’entre nous. Sans conteste.
À Stéphanie, aux enfants et petits-enfants, nos plus sincères condoléances.
Claude Lessard
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